Experts et grand public : quelles perceptions face au risque ?

> Une opposition nette sur l’appréciation des risques de la société industrielle

 

 — 1 — Risques liés à la société industrielle 7 :
déchets radioactifs, déchets chimiques, pollution des lacs, des rivières et des mers, centrales nucléaires, installations chimiques, transport des matières dangereuses, retombées radioactives en France de l’accident de Tchernobyl, pesticides, pollution atmosphérique, OGM, incinérateurs de déchets ménagers, produits alimentaires.

Ces situations sont perçues soit à risque élevé (pollution atmosphérique, pesticides, déchets radioactifs,..) soit à risque faible (centrales nucléaires, OGM, incinérateurs de déchets ménagers, produits alimentaires). Leur point commun est de représenter de risques « emblématiques » de la modernité car ils sont générés par les activités des sociétés industrielles issues des techno-sciences comme l’énergie nucléaire, la chimie ou le génie génétique. On y trouve aussi les activités productrices des risques et leurs conséquences, mais aussi les risques produits à leur périphérie comme le transport de matières dangereuses. Dans leur majorité, ces risques sont collectifs et majeurs dans la mesure où ils peuvent gravement porter atteinte à un nombre important de personnes, de milieux naturels et de biens. Cette dimension collective renforce, pour les individus, le sentiment que ces risques leur sont imposés. En effet, les activités et les risques qu’elles peuvent produire procèdent de choix vis-à-vis desquels ils n’ont aucune emprise individuellement.

Aussi, rien d’étonnant à ce que exprime une plus forte sensibilité à propos de ces situations que les institutionnels. L’écart se creuse lorsque les situations jugées sont au coeur des préoccupations des organismes. C’est le cas pour l’IRSN avec les centrales nucléaires, les déchets radioactifs et les retombées en France de l’accident de Tchernobyl : les personnels sujets à moins d’inquiétude sur ces situations s’opposent encore plus au public. Les personnels de l’AFSSA et de l’INRA réagissent à l’identique sur les produits alimentaires et les OGM ; l’INVS sur les retombées de l’accident de Tchernobyl. Pour toutes les autres situations, il n’y a aucune différence entre organisme.

Les peu diplômés sont aussi plus impressionnés que les diplômés. Mais le niveau d’études n’a qu’une faible valeur explicative ici pour interpréter les différences de perception entre institutionnels et grand public. La comparaison des réponses des diplômés du grand public avec celles des institutionnels montre encore une surestimation du risque pour les diplômés. L’appartenance à un organisme est un facteur influençant les diplômés.

En ce qui concerne la pratique professionnelle, les personnes qui donnent un avis en tant qu’expert sont les moins inquiètes avec celles qui contribuent à l’expertise. Une pratique professionnelle directement liée à l’expertise accentue l’écart observé entre public et institutionnels. Quant aux professionnels qui assistent ou qui n’ont aucun lien avec les experts, ils restent moins inquiets que le public et occupent une position intermédiaire entre les experts et le public.

Lecture du tableau : 75 % des personnes du public jugent le risque des déchets radioactifs élevés et enregistrent une différence de +32% avec les institutionnels. Pour l’AFSSA, cette différence diminue pour atteindre 24% et augmente pour l’IRSN pour atteindre 44%. Les « non-experts » se rapprochent du public avec 14% de différence contre les experts qui sont à 44%.

La ligne en pointillé sépare les institutionnels selon leur pratique. A gauche de la ligne, on trouve les expert et ceux qui participent à l’expertise avec des différences supérieures à celles observées entre public et institutionnels. A droite de la ligne, les non experts qui se rapprochent du public. La différence entre public et institutionnels se situe exactement sur cette ligne pour toutes les situations.

* Pratique professionnelle :

Exp++
Etre sollicité(e) - individuellement ou dans le cadre de commissions - pour donner un avis, en tant qu’expert, sur des questions liées au risque
Exp+
Participer à des recherches ou à des études qui contribuent à l’élaboration d’expertises dans le domaine du risque sans être directement impliqué, en tant qu’expert
Assiste 
Assister des experts et travailler avec eux
Non exp
Ne jamais avoir eu de relations professionnelles directes avec des experts

 

 — 2 — Les risques individuels :
drogue, alcoolisme, tabagisme des jeunes, SIDA, accidents de la route, inondations, obésité des jeunes, terrorisme, canicule.

Cinq risques concernent des comportements individuels (drogue, alcoolisme, tabagisme, SIDA, accidents de la route) sur lesquels l’individu peut exercer une certaine maîtrise même si des facteurs sociaux ou économiques sont à prendre en compte. Les quatre autres situations de ce groupe représentent des menaces sur, en premier lieu, la santé (obésité des jeunes, canicule) ou la sécurité des individus (inondations, terrorisme). Globalement, ces neuf situations sont perçues comme pouvant porter atteinte à l’intégrité physique de la personne, qu’elle puisse s’en protéger ou non.

Pour toutes ces situations, le risque est fortement ressenti (à l’exception des inondations). On observe toujours un certain optimisme côté institutionnels (ou pessimisme côté public) mais cette différence s’explique avant tout par la différence de niveau d’études. A niveau de formation équivalente, public et institutionnels ont les mêmes perceptions. Le public n’a donc pas d’opinion différente des institutionnels pour ces risques à dominante individuelle.


 Seule la drogue pourrait les opposer : les institutionnels y voyant un risque beaucoup moins élevé que le public. Tous les organismes interrogés conservent une différence proche de 36% avec le public.

Les professionnels de l’AFSSA et de l’INVS sont beaucoup plus inquiets sur l’obésité des jeunes et vont jusqu’à rejoindre le public dans son appréciation du risque (66%). Les professionnels de L’INVS ont une sensibilité très forte à l’alcoolisme car ils affichent encore plus d’inquiétude que le public (74% au sein de l’INVS contre 68% dans le public) ; cette différence négative est particulièrement rare.

Concernant la pratique professionnelle, le terrorisme se démarque des autres risques. Les experts expriment une inquiétude aussi forte que le public. Et c’est la seule fois que ceci arrive. Bien sûr, ils ne sont pas aussi nombreux qu’eux à reconnaître le danger du terrorisme (55% dans le public et 32% chez les institutionnels) mais contrairement à ce qu’on peut observer sur toutes les situations, ils ne creusent pas l’écart avec le public (22%).

 

 — 3 Les risques émergents et/ou diffus :
radiographies médicales, antennes de réseau pour téléphones portables, radon dans les habitations, canicule, OGM, inondations

constituent une troisième famille de risques perçus comme faibles. On y rencontre surtout les risques dits « émergents » qui relèvent du domaine santé-environnement. Leur existence dans l’espace public est relativement récente (moins de vingt ans), ils sont peu connus par le public et pour certains gestionnaires du risque, encore mal identifiés au niveau de l’expertise. Relayée par les médias, cette incertitude peut alimenter une certaine méfiance chez le public. Ces risques peuvent avoir une relative omniprésence qui confère une certaine invisibilité du danger aux yeux du public : antennes de téléphonie mobile ou appareils de radiologie se fondent dans notre environnement. De plus, toutes ces situations semblent avoir un point commun : celui d’avoir une présence diffuse de leurs risques qui sont souvent de nature chronique provenant de contamination, de radiations mais aussi de modifications génétiques, … liées aux diverses activités humaines et le plus souvent peu ressenti par tout un chacun.

Les différences entre institutionnels et public existent, du même ordre que pour la 2ème famille mais de façon moins importante que pour les risques industriels. Un effet diplôme est observable sur ces situations mais il n’explique pas tout seul les différences entre public et institutionnels (sauf pour la canicule). A titre d’illustration, 37% des diplômés du public jugent faible le risque des antennes de réseau pour téléphones portables ; ils sont 65% des diplômés des organismes. Il faut donc trouver une autre raison pour expliquer ces différences.

Ceux qui donnent un avis en tant qu’expert ou qui contribuent à l’expertise sont moins inquiets que ceux qui n’y participent pas. Une pratique professionnelle directement liée à l’expertise accentue donc l’écart observé entre public et institutionnels.

 

 — 4Les risques et nuisances banalisés ou familiers :
bruit, accidents domestiques, pesticides, maladies professionnelles.

Cette famille se compose de risques ou parfois de nuisances qui relèvent de la qualité du cadre de vie ou de la sphère domestique. Ils ont un caractère familier. Ils ont une moindre visibilité en tant que danger que les trois familles précédentes. La frontière entre collectif et individuel est également plus ambiguë.

Ces situations font partie de celles perçues à faible risque par le public ; un peu moins par les institutionnels. Ce sont sur ces situations qu’on observe le moins de différence au niveau des pourcentages. Le diplôme explique les différences entre public et institutionnels.

Les personnels de l’INVS se montrent plus inquiets que les autres sur les maladies professionnelles, les accidents domestiques. L’activité d’alerte de l’INVS en particulier dans ces domaines précis pourrait expliquer cette position. Le personnel de l’INVS est certainement imprégné par cette culture de lanceur d’alerte face à un risque. Aussi, rien d’étonnant de le voir plus inquiet ici.

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7  : les situations sont présentées selon leur ordre d’importance dans la famille

8 : 42% personnes du public apportent la réponse « ne sait pas » dans le public.

 

La synthèse de l’étude PERPLEX — IRSN & partenaires : Ademe, Afssa, Ifen, Ineris, Inra, InVS — © IRSN - février 2007.