Experts et grand public : quelles perceptions face au risque ?

> Premier constat : le public s’exprime plus sévèrement pour juger un risque

 

Prenons un exemple, les inondations sont jugées à risque élevé par 40% du public, elles voient leur taux divisé par deux pour les institutionnels. 20% entre les deux groupes : c’est une différence significative. Mais, d’où peut-elle provenir ? Les institutionnels participants à l’étude ne sont pas des spécialistes du risque inondation ; ce n’est donc pas de ce côté qu’il faut chercher les raisons de cette différence. C’est l’examen des 27 situations proposées qui permet d’avoir un début de réponse. Le public utilise plus souvent les modalités « élevés ou très élevés » pour le danger, « non, pas du tout » pour la confiance ou la vérité (ou moins souvent les modalités opposées : faible et « oui »). On observe des différences en moyenne de 20% sur l’importance du risque et un peu plus de 10% sur les deux autres aspects. Le public est donc plus pessimiste pour juger des risques, est plus réticent à accorder sa confiance aux autorités et plus critique à l’égard de la vérité dite sur les dangers. On peut donc qualifier le public de globalement plus « sévère ». Conséquence directe de ce constat : il faut être plus attentif aux égalités des pourcentages. Par exemple, les accidents domestiques : avec 30% de perception de risque élevé dans les deux groupes, ils sont dans une situation exceptionnelle par rapport à la tendance d’une plus grande sévérité du grand public.

 

Tableau n°1 : Moyenne des pourcentages obtenue par les trois aspects – Perplex

Sur l’ensemble des situations, on observe ce même décalage entre public et institutionnels. Cinq situations3 creusent un écart en recueillant des taux de réponse encore plus différents entre public et institutionnels (voir tableau n°2).

 

Tableau n°2 : Différences les plus fortes sur les taux de réponse – Perplex

Sur l’importance du risque, 75% du public voient un danger élevé dans la drogue. Les institutionnels sont plus nuancés dans leur réponse : 40% y voient un risque « élevé », 40% « moyen » et 20% « faible ». Par contre, ils s’opposent nettement sur les retombées en France de l’accident de Tchernobyl (54% public/18% des institutionnels), les déchets radioactifs (57%/25%) et les centrales nucléaires (47%/19%).

Pour la confiance accordée aux autorités, les déchets radioactifs recueillent 46% de confiance chez les institutionnels contre seulement 23% chez le public ; les centrales nucléaires : 58% contre 34%. Sur cet aspect, les institutionnels adoptent une attitude très tranchée sur cette dimension qui les conduisent, pour ces deux situations, à préférer les modalités « Oui, assez » et « Oui, tout à fait » pour exprimer leur confiance. Résultats à l’inverse de celui observé précédemment sur l’importance du risque où le public adopte une attitude plus tranchée, les institutionnels plus nuancés.

En ce qui concerne la vérité sur les dangers, là également les notes attribuées par les institutionnels sont plus élevées que celles données par le public avec le même sentiment que la vérité n’est pas dite sur les dangers. C’est sur cette dimension de vérité que les avis des deux populations se rejoignent le plus avec quelques nuances dans les réponses. En particulier sur les centrales nucléaires qui récoltent un peu plus de crédit chez les institutionnels.

Le décor est planté. Public et institutionnels semblent s’exprimer différemment. Les uns paraissent sévères ; les autres indulgents. Cette différence d’expression pourrait constituer un frein dans un processus de communication entre les deux. Mais, va-t-elle pour autant le stopper ? Cette expression pessimiste face au risque n’est-elle pas avant tout une première réponse du public à des évaluations d’experts jugés trop rassurants ou peu à l’écoute ? Doit-on d’ores et déjà penser que public et institutionnels ne peuvent se rejoindre sur la manière d’évaluer un risque ?

 

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3 Il s’agit des situations qui enregistrent des différences significatives sur les modalités « élevés + très élevés » ou « quasi-nuls + faibles » mais aucune différence sur la modalité « moyenne ». La même règle est appliquée pour les aspects confiance et vérité (pas de report de pourcentages sur la modalité centrale).

 

La synthèse de l’étude PERPLEX — IRSN & partenaires : Ademe, Afssa, Ifen, Ineris, Inra, InVS — © IRSN - février 2007.