Experts et grand public : quelles perceptions face au risque ?

> Près de 2000 personnes interrogées

 

En octobre 2004, près de 2000 personnes1 ont répondu à un questionnaire dans le cadre de cette étude. La moitié constitue un échantillon représentatif de la population française ; l’autre moitié travaille à l’IRSN, à l’AFSSA, à l’INVS, à l’INERIS et à l’INRA. Les quatre premiers organismes ont pour objectif commun l’évaluation, la maîtrise ou la prévention des risques. L’INRA a une mission principale de recherche en agronomie et alimentation et peut mener des recherches sur les risques. C’est le cas avec les OGM qui sont source de nombreuses controverses liées. L’échantillon « experts » retenu dans l’enquête, s’il répond aux objectifs de l’étude PERPLEX ne peut pas avoir la prétention de représenter le monde des experts en général. Toutefois, il s’en rapproche dans la mesure où la communauté des personnes interrogées travaillent dans ou pour des organismes chargés de l’expertise à propos de nombreux risques : nucléaire, chimique, alimentaire, environnemental,... Dans la suite de la synthèse, l’échantillon « experts » prendra le nom d’échantillon « institutionnels ».

Le questionnaire est celui utilisé chaque année par l’IRSN pour son baromètre2 sur la perception des risques et de la sécurité.

Il comporte un premier volet qui permet de juger 27 domaines sous trois aspects :

importance perçue du risque avec la question « Dans chacun des domaines suivants, considérez-vous que les risques pour les Français en général sont quasi-nuls, faibles, moyens, élevés ou très élevés ? » ;

confiance accordée aux autorités : « Avez-vous confiance dans les autorités françaises pour leurs actions de protection des personnes dans les domaines suivants ? » (5 modalités de réponse allant de « non, pas du tout » à « oui, tout à fait ») ;

vérité des informations communiquées : « Pour chacun des domaines suivants, estimez-vous que l’on dit la vérité sur les dangers qu’il représente pour la population ? » (5 modalités de réponse : « non, pas du tout » à « oui, tout à fait »).

Les 27 domaines cités correspondent à des situations largement médiatisées (les accidents de la route, le tabac, l’alcool...), mais aussi à des situations peu connues par le public (comme le radon dans les habitations) ou d’autres encore, perçues comme comportant peu de risque (les radiographies médicales, le bruit...). On y retrouve les risques qui font l’objet de l’attention des 5 organismes participant à l’étude.

Le second volet du questionnaire porte sur les opinions concernant l’expertise scientifique et la science en général. Il utilise 47 propositions telles que « En matière de risque, il est normal que les experts scientifiques aient des avis différents », « Les experts scientifiques basent leurs jugements uniquement sur des faits scientifiques »,... On quitte ici l’évaluation du risque pour aborder les représentations. Public et experts ont-ils un langage commun face à l’expertise ? Ont-ils les mêmes attentes ? 

A ces deux volets, s’ajoutent des questions décrivant les caractéristiques socio-démographiques des individus du public ou des institutionnels. Dans cette synthèse, sont présentées celles ayant un pouvoir explicatif dans les différences entre public et institutionnels. Il s’agit du niveau d’études, de l’organisme d’appartenance et de la pratique professionnelle.

La pratique professionnelle est décrite sur la base des déclarations des personnes interrogées à la question suivante :

Voici un certain nombre de pratiques possibles en matière d’expertise. Dites-moi quelle est celle qui correspond LE PLUS à votre expérience professionnelle.

Enquêteur  : Montrer carte S7 – 1 seule réponse possible – Si besoin, préciser : sur l’ensemble de votre carrière, dans votre fonction actuelle ou une autre par le passé
□ Etre sollicité(e) - individuellement ou dans le cadre de commissions - pour donner un avis, en tant qu’expert, sur des questions liées au risque
□ Participer à des recherches ou à des études qui contribuent à l’élaboration d’expertises dans le domaine du risque sans être directement impliqué, en tant qu’expert
□ Assister des experts et travailler avec eux
□ Ne jamais avoir eu de relations professionnelles directes avec des experts

 

Les résultats ci-après datent de 2004. Ce fait importe peu car il ne s’agit pas ici d’étudier une situation en particulier mais de comprendre les mécanismes de la perception du risque, sachant que les opinions et les attitudes individuelles ne changent que très lentement. Nous invitons le lecteur intéressé par le suivi de l’opinion sur les risques à consulter le baromètre IRSN sur www.irsn.org. Il pourra entre autres juger du rôle d’évènements qui peuvent faire changer la perception des Français face au risque comme l’accident de l’usine AZF qui, avec le temps s’estompe ou encore les « retombées radioactives en France de l’accident de Tchernobyl » dont la défiance dans l’opinion continue de s’accroître.

 

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1 Les dates de terrain ont été les suivantes : du 11 au 22 octobre pour l’échantillon grand public et du 27 septembre au 22 octobre 2004 pour l’échantillon « institutionnels ». Environ 200 interviews ont ainsi été réalisées dans chaque organisme en respectant les proportions suivantes : 150 scientifiques (30 techniciens et 120 chercheurs et ingénieurs) et 50 administratifs. 1008 personnes dans le public constituent un échantillon représentatif de la population française au sens de la méthode des strates et des quotas, enquête effectuée par BVA pour le compte de l’IRSN.

2 Le baromètre IRSN permet de connaître la perception des Français sur les risques, notamment nucléaires. Il se compose d’une série d’enquêtes réalisées depuis novembre 1988 sur ce thème.

La synthèse de l’étude PERPLEX — IRSN & partenaires : Ademe, Afssa, Ifen, Ineris, Inra, InVS — © IRSN - février 2007.