Chapitre ’Environnement et santé’

> Le bruit

 

La réduction des nuisances sonores relève en partie de la précaution, non pas parce que la gêne subie et les risques auditifs sont incertains (ils ne le sont pas), mais parce que les autres effets sanitaires du bruit sont encore mal appréciés.

Le bruit est considéré par la population française comme une nuisance environnementale majeure et comme la première atteinte à la qualité de vie.

Les sources de bruit sont multiples et concernent tous les milieux de vie : l’habitat et les lieux de résidence, les différents moyens de transport, le milieu de travail et les loisirs. À l’intérieur de chaque milieu, les principales sources de bruit peuvent être identifiées. Le bruit extérieur ambiant (émis par les véhicules, les infrastructures routières et ferroviaires, les matériels industriels, les engins de chantier, etc.), ainsi que le bruit à l’intérieur des logements (provenant de ces mêmes sources extérieures ou du voisinage) constituent une nuisance quotidienne.

Dans les villes de plus de 50 000 habitants, 60 % des ménages des villes se déclarent gênés par le bruit routier20. À celui-ci s’ajoute l’environnement sonore quotidien des moyens de transport, des lieux de travail, des appareils ménagers, du voisinage. Les populations défavorisées cumulent souvent, sans pouvoir s’y soustraire, les inconvénients d’une proximité d’infrastructures de transport bruyantes et de logements de mauvaise qualité sonore.
En France, les connaissances en terme d’émissions sonores et d’exposition des populations sont très lacunaires à ce jour, à la fois en ce qui concerne l’intérieur des locaux, les lieux publics, mais aussi en milieu extérieur, en particulier durant les loisirs.

Les pratiques et comportements sont déterminants : les jeunes sont ainsi particulièrement exposés en raison d’habitudes d’écoute de musique amplifiée, à des niveaux sonores élevés. Par ailleurs, les émissions sonores dans les discothèques, cinémas, patinoires, piscines et centres commerciaux présentent des niveaux également très élevés. Le cas des expositions auxquelles sont soumis les enfants à l’intérieur des locaux scolaires, notamment dans les cantines et salles de sport, est également problématique.

Les impacts sanitaires de l’exposition au bruit sont divers, comprenant l’impact sur l’audition (la soumission au bruit de l’appareil auditif se traduit par la fatigue auditive jusqu’à la perte auditive définitive), les effets dits « extra-auditifs » (effets sur le sommeil, sur la sphère végétative, sur le système endocrinien, sur le système immunitaire, sur la santé mentale) et les effets subjectifs (gêne due au bruit, effets du bruit sur les attitudes et les comportements, effets sur les performances, effets sur l’intelligibilité de la parole). L’établissement des liens entre effets sanitaires subjectifs et niveaux d’exposition au bruit est très difficile, les réactions individuelles aux bruits étant variables selon les prédispositions physiologiques et psychologiques individuelles et les diverses sources. Les effets liés aux multi-expositions au bruit (expositions cumulées) et aux expositions combinées au bruit et à d’autres sources de nuisances, dites « coexpositions » (bruit et agents ototoxiques*, bruit et chaleur), demeurent mal connus.

Certaines populations présentent une vulnérabilité* particulière à l’exposition au bruit : enfants en milieu scolaire en phase d’apprentissage, travailleurs exposés simultanément à des nuisances ou médicaments de différents types (solvants aromatiques, monoxyde de carbone et acide cyanhydrique, antibiotiques, diurétiques, acide acétylsalicylique, antitumoraux), personnes âgées et personnes touchées par une déficience auditive, appareillées ou non.

Il existe de nombreux indicateurs de bruit. Certains de ces indicateurs sont construits de manière à représenter la gêne que le bruit peut entraîner comme par exemple les effets du bruit sur le sommeil. Ils établissent des relations de proportionnalité entre le niveau de bruit et des effets sur la santé. Toutefois, quels que soient les indicateurs utilisés, ces relations restent difficiles à établir car le niveau de bruit n’intervient par exemple que pour 30 à 40 % dans la sensation de gêne. Une tentative de définition d’un indicateur synthétique de l’exposition au bruit n’a pas encore abouti, mais des travaux de l’OMS sont en cours pour définir de tels indicateurs.

La directive européenne 2002/49/CE du 25 juin 2002 relative à l’évaluation et à la gestion du bruit dans l’environnement, transposée par l’ordonnance n° 2004-1199 du 12 novembre 2004, impose de nouvelles règles en matière d’évaluation et de gestion du bruit dans l’environnement dû aux principales infrastructures de transport et aux activités industrielles. La directive demande en particulier la publication de cartes de bruit dites « stratégiques » visant à informer le public sur les niveaux de bruit et leurs effets ainsi qu’à permettre l’adoption de plans de prévention et de réduction du bruit dans les agglomérations. Ceux-ci devront être portés à la connaissance du public dès 2007-2008.

 


20 – Insee, 2002. « Mesurer la qualité de la vie dans les grandes agglomérations », Insee première, n° 868, octobre 2002, 4 p.

 

« L’environnement en France » © Ifen - Edition 2006. Chapitre "Environnement et santé" - Coordination : Afsset et Ifen. Rédaction Afsset avec la contribution de l’Ademe, de l’Ineris, du CSTB/OQAI, de l’InVS et de l’Afsset.