Chapitre ’Environnement et santé’

Cancer et environnement : pourquoi est-il si difficile d’apprécier la part des déterminants environnementaux dans l’incidence de certains cancers ?

 

Le nombre de cas de cancers en France est passé de 170 000 à 278 000 par an, entre 1978 et 2000, soit une augmentation de 63 %a qui résulterait pour près de la moitié de l’accroissement et du vieillissement de la populationb.

Dans quelle mesure les facteurs de l’environnement interviennent-ils dans la survenue et le nombre des cancers ?

Il existe plus d’une centaine de cancers différents par leur nature et leur localisation. À de rares exceptions près, comme le mésothéliome de la plèvre causé par l’inhalation de fibres d’amiante, ce sont des maladies multifactorielles, pour lesquelles il est difficile de mettre en évidence les causes précises. On admet que 20 % environ des cas concernent des personnes qui présentent une prédisposition d’origine génétique. Les autres causes possibles relèvent soit de l’environnement (agents « agresseurs » présents dans les milieux de vie et dans l’alimentation : substances chimiques, UV, radiations, parasites, bactéries, virus), soit du mode de vie (tabac, alcool, nutrition, manque d’exercice, etc.).

Les études épidémiologiques s’intéressent au lien entre une exposition à un agent dangereux et le risque de survenue d’une maladie. Les associations qu’elles mettent en évidence, souvent à l’occasion d’expositions professionnelles ou accidentelles, et les connaissances toxicologiques et biologiques disponibles permettent d’établir la plausibilité d’une relation de causalité liant une maladie et un agent, qualifié alors de facteur de risque. Le Circ classe les substances et les agents physiques en plusieurs groupes, selon le degré de preuve de cancérogénicité atteint d’après les données disponibles relatives à leurs effets sur l’homme et sur l’animal. Plus de 90 substances et agents sont reconnus « cancérogènes certains » pour l’homme, une soixantaine est classée « cancérogènes probables », alors que plus de 240 autres sont « cancérogènes possibles », le degré de preuve étant moindre.

Pour un cancer donné, plusieurs facteurs de risque sont le plus souvent connus. Par exemple, pour le cancer du poumon, outre la fumée de tabac, de loin la principale cause, de nombreux agents peuvent aussi être incriminés : l’arsenic, le nickel, le cadmium, le chrome VI, l’amiante et d’autres fibres, la silice, le radon, les radiations ionisantes, etc.

Différentes méthodes existent pour estimer la part attribuable à tel ou tel facteur, dans l’incidence d’un cancerc. Cette notion donne une indication du nombre de cas qui seraient théoriquement évités si toute exposition de la population à ce facteur était supprimée.

L’estimation de l’impact des facteurs environnementaux dans l’incidence des cancers se heurte cependant à plusieurs difficultés : une relative faiblesse dans les données disponibles (les registres du cancer ne couvrent pas tout le territoire français et les données de maladies professionnelles sont difficilement exploitables) ; la longue période de latence (souvent plusieurs décennies) entre l’initiation du cancer et son diagnostic ; les niveaux de pollution relativement faibles mais chroniques et la multiplicité des polluants qui rendent difficile l’estimation de l’exposition réelle des populations ; les effets synergiques (certains facteurs voient leurs effets renforcés lorsqu’ils sont associés, par exemple, radon et tabac pour le cancer du poumon) ; les effets non spécifiques (par exemple, l’arsenic et ses sels peuvent provoquer le cancer du poumon mais aussi celui du foie, de la vessie ou de la peau, et sont également à l’origine de maladies neurologiques).

Selon les estimations de C. Hilld, entre 7 et 20 % des cancers, selon les localisations, seraient imputables à des contaminants environnementaux présents dans l’eau, l’air, les sols, l’alimentation et les produits industriels ; 4 % seraient dus à des expositions professionnelles ; 10 % résulteraient d’infections par certains virus, bactéries et parasites. Les principales causes seraient les facteurs nutritionnels (10 à 70 %), le tabagisme actif (7 à 32 %) et l’alcool (8 à 16 %).
Les travaux de recherche se poursuivent au sein de la communauté scientifique internationale, dans les nombreuses disciplines scientifiques concernées, alors que le public s’empare du débat sur les conclusions à tirer des études disponibles, en particulier sur les parts attribuables aux pollutions et aux perturbations de l’environnement par rapport à celles imputables à la nutrition et aux autres facteurs comportementaux.

À la demande de l’Afsset, l’Inserm effectue en 2005 et 2006 des expertises collectives sur certains cancers pour dresser l’état des connaissances sur les facteurs environnementaux qui contribuent à leur survenue.

Références

a – Les évolutions (66 % chez les hommes et 60 % chez les femmes) sont variables selon le siège du cancer : ceux dont l’incidence croit le plus fortement sont le mélanome, le cancer de la prostate, celui du foie, le mésothéliome et les lymphomes chez l’homme ; le mésothéliome, les cancers de la thyroïde, du sein et du poumon, le mélanome et les lymphomes chez la femme. Réseau Francim des registres du cancer et Institut de veille sanitaire (InVS).

b – Institut de veille sanitaire, 2002. « Évolution de l’incidence et de la mortalité par cancer en France de 1978 à 2000 » (rapport rédigé par Buemi M., Jougla E., Estève J., Remontet L. et Velten M. (coor.), financé par l’Arc, l’InVS et l’Inserm). Saint-Maurice, InVS. 217 p. (disponible en ligne : http://www.invs.sante.fr, rubrique « publications » > « 2003 »).

c – Bonnin F., Chenu C., Etiemble J. (coord.), 2005. Cancer : approche méthodologique du lien avec l’environnement. Paris, Les éditions Inserm. 92 p.

d – Doyon F., Hill C., 1997. « L’épidémiologie des cancers », Bulletin du cancer, vol. 84, n° 9, septembre 1997, pp. 917-918.

 

« L’environnement en France » © Ifen - Edition 2006. Chapitre "Environnement et santé" - Coordination : Afsset et Ifen. Rédaction Afsset avec la contribution de l’Ademe, de l’Ineris, du CSTB/OQAI, de l’InVS et de l’Afsset.