Chapitre ’Environnement et santé’

> Les risques microbiologiques liés aux installations industrielles et urbaines

 

Les rejets de substances chimiques ne sont pas les seuls impacts des activités industrielles. Le risque lié aux légionelles l’a montré mais, s’il reste le plus grave à ce jour, il ne s’agit pas d’un mécanisme isolé.

Depuis quelques années, le risque microbiologique est de plus en plus pris en compte à l’échelle nationale et internationale, comme l’a montré une récente synthèse de Perseis24 . L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) a lancé des programmes spécifiques sur la contamination de l’air dans les stations d’épuration des eaux usées.

L’hypothèse d’un ensemencement des tours aéroréfrigérantes par des boues lors de l’épisode de légionelles de l’hiver 2003-2004 près de Lens a reposé sur la présence de concentrations très fortes dans les boues utilisées sur le site pour le lagunage. La faculté de ces installations à constituer de véritables réservoirs (écosystèmes locaux) propices au développement et à l’adaptation des bactéries pathogènes, favorisant le développement de leur résistance en milieu stressant, voire de leur virulence, est maintenant en cours d’investigation.

Les endotoxines des élevages qui ont été identifiées à plusieurs reprises méritent des recherches plus poussées. On a pu montrer par ailleurs que les émissions de champignons peuvent être générées par des activités diverses allant de l’élevage à la fabrication des panneaux de bois et au moulin à grain.

Les outils d’évaluation des impacts des installations classées sont donc en cours d’adaptation pour introduire ces aspects « non classiques ». En effet, l’évaluation des risques microbiologiques associés aux rejets des installations s’insère dans les mêmes dispositifs que l’évaluation des risques chimiques mais la méthodologie est beaucoup moins stabilisée que ne l’est celle concernant les risques chimiques. Elle doit être adaptée aux caractéristiques des microorganismes et de leurs sous-produits. Des synthèses entre les méthodes développées pour le contrôle bactérien dans les industries agroalimentaires (par exemple, méthodes dites « HACCP ») et les approches traditionnelles du contrôle des rejets chimiques doivent être effectuées.

Les mécanismes indirects sont aussi très importants. Le cas des épisodes de pollution sévère par des cyanobactéries a déjà été évoqué à propos de la pollution des eaux potables et de baignade. Les rejets chimiques et thermiques des installations peuvent être le mécanisme déclenchant de ces épisodes dont le nombre croît.

Des travaux importants de collecte de données de base dans les rejets sont à mener, mais aussi d’analyse et de synthèse des données, en épidémiologie*, en physiopathologie, en écologie microbienne, en microbiologie prédictive et analytique. Les données sur la contamination des milieux d’exposition (air, eau, sol, végétaux) sont encore très insuffisantes.

Faute de connaissances disponibles, l’habitude a consisté jusqu’alors à gérer ce type de risques à travers l’application d’analyses de contrôle et de règles de bonnes pratiques. Cependant, on note aujourd’hui un intérêt certain pour la systématisation d’une démarche d’évaluation des risques biologiques, en particulier dans les domaines agroalimentaires et de l’eau de distribution.

 


24 – Ineris, 2004. « Perseis : pratiques en évaluation des risques liés à l’environnement industriel et aux services », Bulletin de veille scientifique, n° 2, octobre 2004, 9 p.

 

« L’environnement en France » © Ifen - Edition 2006. Chapitre "Environnement et santé" - Coordination : Afsset et Ifen. Rédaction Afsset avec la contribution de l’Ademe, de l’Ineris, du CSTB/OQAI, de l’InVS et de l’Afsset.