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Chapitre ’Environnement et santé’> Des substances chimiques préoccupantes
Les niveaux de concentrations dans les milieux primaires des principales substances préoccupantes (métaux lourds, HAP, POP) sont aujourd’hui relativement bien documentés, en particulier grâce aux actions réglementaires de surveillance des rejets des installations industrielles et de surveillance des milieux et grâce au développement des méthodes de mesures associées. Les données disponibles sont souvent plus limitées lorsqu’il s’agit de sources diffuses et non industrielles (par exemple, sources domestiques ou d’origine agricole) et de substances pour lesquelles une grande part des connaissances reste à acquérir : les concentrations dans les milieux sont faibles, les effets sanitaires suspectés sont non spécifiques, les données toxicologiques sont partielles, les expositions ne sont pas mesurées… Il existe cependant des indications sérieuses d’effets potentiels graves ou irréversibles qui commandent d’agir selon le principe de précaution. Ce peut être le cas, notamment, des retardateurs de flammes bromés, des HAP bromés, ainsi que de certains pesticides ou encore de substances agissant comme perturbateurs endocriniens. Par ailleurs, des interrogations se font jour concernant certains métaux précieux utilisés en industrie (platinoïdes, palladium, rhodium). Les imprégnations du vivant et les expositions des individus restent trop mal caractérisées : transferts, concentrations ou atténuation dans les milieux (bioaccumulation, bio-atténuation), transformations des substances dans les milieux, spéciation (par exemple, différentes formes d’un même élément métallique), biodisponibilité… sont autant de phénomènes qui rendent parfois imprévisible la relation entre les concentrations et l’atteinte à la santé humaine en l’état actuel des connaissances. Mais l’amélioration des modèles, et surtout le recours plus systématique à la mesure, ainsi que le développement de biomarqueurs, du moins pour certaines substances, permettent de mesurer les imprégnations chez l’homme (par exemple, plombémies) ou les effets sur des espèces cibles (réaction des poissons aux perturbateurs endocriniens). Toutefois, l’utilisation de biomarqueurs dans la surveillance et la décision demeure limitée, pour des raisons éthiques (les données biologiques relèvent du « secret médical ») et parce que le lien avec les actions concrètes à mener n’est pas toujours d’emblée identifiable. Les produits phytosanitaires (ou pesticides) comprennent plusieurs familles classées selon leur cible d’action (insecticides, fongicides, herbicides, acaricides, etc.). Ils sont source d’interrogations nombreuses du public car on en décèle des résidus dans tous les compartiments* de l’environnement21 et dans des denrées alimentaires. L’utilisation passée de produits organochlorés reconnus toxiques ou cancérigènes, fortement rémanents, crée des situations préoccupantes, en particulier en Guadeloupe et en Martinique où des sols de bananeraies sont encore actuellement contaminés par du chlordécone, plus de dix ans après l’interdiction de ce produit. Le PNSE met en oeuvre les enquêtes nécessaires pour la quantification du risque, la redéfinition de la stratégie de prévention des expositions et les plans d’information des populations visées. Les différentes familles de substances actives ont des caractéristiques toxicologiques variées. Des effets néfastes sont connus chez les travailleurs : convulsions, céphalées, vertiges, ataxie, paralysie… Ils sont consécutifs à des intoxications aiguës, souvent accidentelles, par certains pesticides dont le principe d’action est un effet neurotoxique. Mais les effets suspectés d’expositions répétées à de faibles doses ne sont pas formellement établis22 : augmentation de certains cancers, infertilité masculine, malformations congénitales de l’appareil génital masculin, maladie de Parkinson et troubles neurologiques. Le nombre important de produits et la diversité des utilisations (environ 900 substances actives sur le marché en France avant 1993, plus de 400 substances actuellement utilisées et des dizaines de milliers de formulations comportant une ou plusieurs matières actives*) ne permettent pas l’extrapolation de résultats spécifiques et rendent l’exposition chronique de la population aux diverses substances très difficile à caractériser. Il apparaît néanmoins que la voie alimentaire est la principale voie d’exposition de la population générale. Une harmonisation européenne des limites maximales de résidus dans les denrées (LMR) est en cours, tandis que le dispositif national d’évaluation des produits verra sa transparence et son efficacité renforcées. Le PNSE soutient les travaux de l’Observatoire des résidus de pesticides (ORP) qui visent à organiser l’exploitation des données existantes pour estimer l’exposition de la population. En outre, l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) et l’Institut de recherche pour l’ingénierie de l’agriculture et de l’environnement (Cemagref ) ont publié les résultats de l’expertise scientifique collective mentionnée dans le PNSE en vue de la réduction de l’usage des pesticides23. Les perturbateurs endocriniens, substances chimiques naturelles ou de synthèse, sont capables soit de mimer l’effet des hormones naturelles, soit de bloquer leur action, soit encore d’interférer avec leur métabolisme. Le système endocrinien régulant notamment les fonctions essentielles de la reproduction et du développement, les atteintes potentielles sont graves. En attestent des observations sur la faune sauvage au cours des dernières décennies (par exemple, féminisation des populations de poissons) et, dans l’espèce humaine, les effets désastreux du traitement prénatal par le distilbène, oestrogène de synthèse utilisé dans les années cinquante, qui a provoqué des malformations congénitales de l’appareil génital chez les enfants des femmes traitées. Des telles substances ont été identifiées dans de nombreux produits utilisés comme les pesticides, les médicaments ou les cosmétiques et dans certains plastiques contenant des phtalates. Elles sont suspectées d’agir à long terme, même à faibles doses, sur notre santé reproductive.
21 – Ifen, 2004. Les pesticides dans les eaux – sixième bilan annuel, données 2002. Orléans, Ifen. 3 2 p. (coll. Études et travaux, n° 42). 22 – Baldi I., Mohammed-Brahim B., Brochard P. et al., 1 998. « Delayed health effects of pesticides : review of current epidemiological knowledge », Revue d’épidémiologie et de santé publique, vol. 46, n° 2, pp. 134-142. 23 – Gril J.J., Lucas P. (coord.), 2005. « Pesticides, agriculture et environnement : réduire l’utilisation des pesticides et en limiter les impacts environnementaux » (synthèse du rapport d’expertise scientifique collective réalisée par l’Inra et le Cemagref pour le compte du ministère de l’Agriculture et de la Pêche et du ministère de l’Écologie et du Développement durable). Paris, Antony, Inra, Cemagref. 68 p.
« L’environnement en France » © Ifen - Edition 2006. Chapitre "Environnement et santé" - Coordination : Afsset et Ifen. Rédaction Afsset avec la contribution de l’Ademe, de l’Ineris, du CSTB/OQAI, de l’InVS et de l’Afsset.
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