Chapitre ’Environnement et santé’

> Les risques infectieux des milieux

 

Légionelles dans l’environnement

Due à une bactérie, hôte naturel des eaux et du sol, la légionellose est une infection pulmonaire sévère qui a été identifiée il y a une trentaine d’années dans les pays occidentaux. Longtemps considérée comme un risque de l’habitat intérieur (douches, dispositifs d’aérosolisation, circuits d’air conditionné), la légionellose est de plus en plus reconnue également comme un risque environnemental, depuis que des tours aéroréfrigérantes (TAR) d’installations industrielles ou tertiaires ont été mises en cause dans des épidémies* (plus de dix cas groupés).

Ainsi, en 2003 en France, sur 1 044 cas recensés (dont 12 9 décès), les TAR étaient probablement à l’origine de 14 8 cas groupés, alors que 89 cas pouvaient être liés aux systèmes d’eau chaude sanitaire et douches dans des hôpitaux, 135 cas dans des hôtels et campings, 7 cas dans des stations thermales. En 2004, 1 2 02 cas dont 13 8 décès étaient recensés.
Les tours sont souvent la source de contamination à l’origine de cas groupés ou d’épidémies. Ainsi, près de Lens durant l’hiver 2003-2004, 86 cas et 18 décès étaient comptabilisés, dont la survenue était liée à la contamination d’une TAR industrielle, alors qu’il est très rare que des installations industrielles causent des décès parmi les riverains.

Un plan d’actions de prévention des légionelloses a été adopté le 7 juin 2004 en Conseil des ministres, puis intégré comme action prioritaire dans le PNSE.

Le recensement des tours aéroréfrigérantes a été amélioré (12 000 TAR équipant 6 000 sites industriels ou tertiaires) et des règles renforcées de prévention et de contrôle ont été édictées (arrêté du 13 décembre 2004).

D’après Bartlett13 (2000), lorsque les tours aéroréfrigérantes ont été mises en cause dans des épidémies de légionelloses, les facteurs de risque comme l’absence ou l’endommagement de dévésiculeurs, l’absence ou l’insuffisance de traitement des eaux ont été relevés. L’évolution récente de la réglementation est donc accompagnée de la mise en place de formation des opérateurs et de mise à disposition de méthode d’analyse des risques d’une installation (par exemple, guide méthodologique pour la réalisation d’une analyse de risque de prolifération de légionelles dans les installations de refroidissement par dispersion d’eau dans un flux d’air – ministère de l’Écologie et du Développement durable ou Medd –, mars 2005).

Le plan d’actions de prévention des légionelloses comporte trois volets. Les deux premiers visent, d’une part, à améliorer les outils et méthodes d’investigation à court et moyen termes et, d’autre part, à développer les méthodes d’analyse de risques des installations, de détection de suivi et de traitement de la contamination d’un site. Ces volets sont menés conjointement par l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) et l’InVS. Le troisième volet vise le développement des connaissances sur la bactérie dans son environnement naturel ou artificiel, sur les interactions entre la bactérie et l’hôte, ainsi que l’amélioration des méthodes de détection dans les milieux. L’Afsset met en oeuvre ce volet de recherche et soutient financièrement des travaux sélectionnés après appel à projets.

REPÈRE :
Les impacts sanitaires de l’exposition au plomb

Les recherches internationales les plus récentes montrent des effets du plomb à des doses de plus en plus faibles. L’exposition prénatale liée à l’imprégnation de la mère et l’exposition dans la petite enfance s’ajoutent et ont des effets durables sur le développement cognitif de l’enfant. Il semble ne pas y avoir de seuil d’imprégnation en dessous duquel aucun effet ne serait observé.

L’imprégnation de la population française est connue au travers des enquêtes nationales de prévalence* menées en 1995-1996 (populations urbaines adultes, appelés du contingent, enfants de 1 à 6 ans) et plus récemment par des enquêtes de portée locale et le suivi des campagnes de dépistage par le système national de surveillance des plombémies de l’enfant. On estimait en 1996 à 2 % la prévalence des plombémies supérieures ou égales à 100 μg/l chez les enfants de 1 à 6 ans (soit 85 000 enfants).

Les résultats des campagnes de dépistage et des enquêtes de prévalence locales montrent une baisse de l’imprégnation par le plomb chez les enfants, qui peut être mise en relation avec la disparition de l’essence plombée au 1er janvier 2000, la diminution des apports alimentaires et les actions de lutte contre l’habitat insalubre.

L’exposition au plomb reste cependant présente et pour longtemps encore. La principale source de forte exposition constituée par les peintures à base de céruse présentes dans l’habitat antérieur à 1949 ne pourra être supprimée que très progressivement. Si les émissions de plomb par les activités industrielles sont en forte baisse, de nombreux sites restent pollués par d’anciennes activités minières, industrielles, artisanales ou par des décennies d’usage du plomb tétraéthyle dans les essences. Enfin, les canalisations d’eau potable en plomb seront longues à disparaître, surtout les canalisations intérieures des immeubles d’habitation.
La loi n° 2004-806 du 9 août 2004 sur la politique de santé publique et le PNSE renforcent les actions de prévention, de dépistage et de prise en charge du saturnisme infantile.

 

Des risques sanitaires liés à l’eau, parfois méconnus

Les principaux risques sanitaires à court terme liés à l’eau sont d’ordre infectieux. Ils proviennent de la présence de micro-organismes pathogènes : bactéries, virus, parasites. Les effets les plus fréquents (gastro-entérites) sont en général bénins, sauf pour les nourrissons, les personnes âgées et immunodéprimées. L’exposition a lieu par ingestion d’eau ou de denrées issues d’eaux contaminées ou par contact avec la peau et les muqueuses.

La baignade et les activités liées à l’eau en milieu naturel peuvent être à l’origine de cas de gastroentérites, d’infections ORL, de dermatites (inflammations de la peau) ou de maladies comme la leptospirose qui présente des formes graves atteignant le rein, le foie et les poumons, et qui est due à une bactérie présente dans l’urine d’animaux infectés. Le contact avec le sable peut également provoquer des dermatoses mycosiques, affections de la peau dues à des champignons microscopiques. Des normes d’hygiène et de sécurité applicables aux baignades aménagées sont fixées, dont le contrôle est assuré par les directions départementales des Affaires sanitaires et sociales (Ddass). La réglementation européenne en la matière - directive 76/160/CEE du 8 décembre 1975 - est en cours de révision14.

En outre, des travaux d’expertise sont conduits sur les eaux de baignade par l’Afsset et sur l’eau potable par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), pour évaluer les risques que représentent les molécules toxiques produites par certaines cyanobactéries* qui prolifèrent parfois, en particulier en période chaude dans les eaux douces : phénomènes des « blooms » ou « eaux colorées » vertes, rouges, brunes, qui sont stimulés par l’eutrophisation. Des inflammations, des irritations cutanées ou des troubles plus graves touchant le foie, et des atteintes neurologiques peuvent être produits par contact cutané ou par ingestion. L’impact sanitaire lié aux expositions par la baignade est actuellement peu documenté.

Les coquillages sont également source de risques aigus liés à des toxines produites par certaines espèces de phytoplancton* qui s’accumulent dans leur chair et les rendent impropres à la consommation. Des toxines diarrhéiques (DSP) sont les plus fréquemment retrouvées mais sont également parfois présentes des toxines paralysantes (PSP) et, plus rarement, des toxines amnésiantes (ASP). Le réseau de surveillance du phytoplancton et des phycotoxines (Rephy) de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) assure la surveillance des espèces phytoplanctoniques présentes dans le milieu littoral et la détection de toxines dans les coquillages des gisements naturels et des zones de production conchylicoles et de pêche professionnelle. La vente et le ramassage des coquillages sont alors interdits par arrêtés préfectoraux. Le recensement sur vingt ans15 des épisodes ayant justifié des fermetures administratives montre l’importance du phénomène : au total, en 2002, la durée cumulée sur les différents sites du littoral français a atteint 1 940 jours de fermeture en raison de la présence de DSP et 57 jours liés à des ASP ; en 2003, ce sont 1 240 jours de fermeture qui ont été justifiés par la présence de DSP et 86 jours par celle de PSP.

Ce sont cependant les infections virales et bactériennes qui sont le plus souvent associées à la consommation de coquillages vivants, provoquant des gastro-entérites (le plus fréquemment), des hépatites, parfois même des septicémies. Les zones de production conchylicoles font l’objet d’un contrôle sanitaire assuré par l’Ifremer (réseau de surveillance microbiologique – Remi) et sont classées selon le niveau de contamination des coquillages en germes Escherichia coli, considérés comme indicateurs de contamination fécale. Les pathogènes responsables des contaminations sont en effet tous d’origine humaine. La classification des zones détermine les conditions de récolte et de mise sur le marché des coquillages : consommation humaine directe ou seulement après traitement de purification et/ou reparcage. La surveillance par les Ddass des gisements naturels fréquentés par les pêcheurs à pied s’effectue sur les mêmes bases.

 

L’eau potable : une denrée très surveillée

Excepté les cas de pollutions accidentelles conduisant à l’arrêt temporaire de la distribution d’eau, les risques à court terme liés à l’eau de consommation sont essentiellement de nature microbiologique. Les grandes épidémies de maladies hydriques (choléra, fièvres typhoïdes, hépatites A et E…) ont disparu en France, grâce à l’amélioration de la protection des ressources et aux équipements de traitement et de distribution qui permettent d’atteindre une bonne qualité microbiologique des eaux distribuées.

Les normes de qualité sont fixées par le Code de la santé publique en transposition de la directive européenne 98/83/CE du 3 novembre 1998. Les contrôles effectués par les Ddass en 2002 montrent des taux de conformité des analyses microbiologiques de 99,7 % pour les unités de distribution (UDI) concernant plus de 50 000 habitants, contre 85,8 % pour les UDI de moins de 500 habitants, plus exposées à des défaillances du système de traitement. En 2002, 5,8 % de la population a reçu de l’eau dont la qualité bactériologique n’a pas été conforme en permanence16.

Ainsi, peuvent se produire des épisodes épidémiques de gastro-entérites d’origine hydrique dont la fréquence est très mal connue : un ou deux seulement sont déclarés chaque année, mais ils sont vraisemblablement plus nombreux car ce sont des phénomènes difficilement observables en population générale lorsqu’ils surviennent dans un cadre familial. Les conséquences de ces pathologies sont surtout à redouter pour les personnes âgées et les personnes immunodéprimées pour lesquelles les formes aiguës peuvent être mortelles. Figurent parmi les germes responsables plusieurs bactéries (coliformes, salmonelles, campylobactéries…), virus (calicivirus notamment) et protistes (par exemple, Cryptosporidium).

 

De nombreux captages sont néanmoins insuffisamment protégés

Les périmètres de protection des prises d’eau et captages, zones dans lesquelles les activités sont réglementées, visent à prévenir les pollutions ponctuelles et accidentelles des ressources destinées à la production d’eau potable. Mais les procédures réglementaires d’instauration de ces périmètres sont insuffisamment avancées. En rendant ces procédures plus efficaces, le PNSE fixe comme objectif la protection de 80 % des captages en 2008 et 100 % en 2010.

 


13 – Bartlett C. L. R., « A review of outbreaks of legionellosis : lessons for prevention », intervention à : 5th International Conference on Legionella, 26 au 29 septembre 2000, Ulm, Germany.

14http://baignades.sante.gouv.fr

15 – Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer, direction de l’environnement et de l’aménagement littoral, 2003. Bilan sur 20 ans des interdictions administratives de vente et de ramassage des coquillages, pour présence de phycotoxines, sur le littoral français : 1984-2003. Brest, Ifremer. 79 p. (disponible en ligne : http://www.ifremer.fr, rubrique « l’environnement littoral » > « documentation » > « publications » > « phytoplancton et phycotoxines »).

16 – Bilan de la qualité des eaux d’alimentation. Ministère de la Santé et des Solidarités, direction générale de la Santé, 2005. L’eau potable en France 2002-2004. Paris, ministère de la Santé et des Solidarités. 51 p. 

 

« L’environnement en France » © Ifen - Edition 2006. Chapitre "Environnement et santé" - Coordination : Afsset et Ifen. Rédaction Afsset avec la contribution de l’Ademe, de l’Ineris, du CSTB/OQAI, de l’InVS et de l’Afsset.