Chapitre ’Environnement et santé’

Introduction

 

La progression de l’espérance de vie au cours des dernières années n’empêche pas l’interrogation grandissante des citoyens sur l’incidence de la qualité de l’environnement et de sa dégradation sur la santé. Les nombreuses incertitudes qui subsistent en ce domaine résonnent comme autant de défis aux scientifiques et aux décideurs.

Dans ce contexte, les risques* sanitaires liés à l’environnement peuvent être classés en trois groupes, selon leur degré de gravité et de réversibilité, et le niveau d’incertitude scientifique dont ils font l’objet :

  • les risques identifiés dont la preuve est établie de manière suffisamment convaincante et dont la gestion relève de la prévention ;
  • les risques controversés pour lesquels le développement du débat scientifique n’a pas débouché sur un consensus mais dont la gestion relève du principe de précaution* et appelle des mesures provisoires adaptées à la gravité et à l’irréversibilité des événements redoutés ;
  • les risques émergents pour lesquels le débat scientifique en est à ses prémices et pour lesquels la gravité et l’irréversibilité des impacts demeurent largement inconnues. Leur gestion relève aussi du principe de précaution, mais nécessiterait des mesures transitoires moins lourdes et donnant la place prioritaire à l’amélioration des connaissances.

Aux questions posées par ces différents risques, le plan national santé environnement (PNSE) répond par un ensemble d’actions en vue d’améliorer la connaissance, la prévention et la maîtrise des risques sanitaires. La présentation des risques selon les trois niveaux de connaissance ne constitue en aucune manière un ordre de leur importance ou de priorité des questions exposées.

L’influence de la qualité de l’environnement, ou de sa dégradation, sur la santé humaine est une évidence qui s’impose à tous. Les pollutions environnementales résultant des activités humaines (industries, transports, agriculture, énergie, etc.) ont des conséquences importantes sur notre état de santé même si elles ne sont pas quantifiables avec précision et s’il demeure souvent difficile de s’accorder sur la part des déterminants génétiques, sociaux et environnementaux dans l’apparition et le développement des pathologies.

Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)1, 5 % des pertes de santé2 pourraient être attribuées à l’environnement (hors milieu professionnel et comportements individuels) dans les pays de l’OCDE à haut revenu. Les coûts correspondants atteindraient jusqu’à 3,2 % du produit intérieur brut* (PIB) : la pollution de l’air, les substances chimiques, le bruit et la qualité sanitaire de l’habitat étant considérés comme des enjeux de santé publique majeurs.

En dépit des progrès réalisés pour réduire et prévenir les pollutions et améliorer la qualité des milieux (la concentration de certains polluants atmosphériques a, par exemple, fortement régressé depuis les années soixante-dix), les citoyens expriment des préoccupations récurrentes sur les effets à long terme des pollutions diffuses auquel chacun est désormais exposé tout au long de sa vie3. Cette situation peut sembler paradoxale au moment où l’espérance de vie à la naissance en France dépasse en moyenne 80 ans4. Sa progression se serait même accélérée ces deux dernières années (+10 mois en deux ans).

Plusieurs arguments peuvent être avancés pour tenter de justifier ces craintes. La complexité des phénomènes qui caractérise les risques sanitaires d’origine environnementale constitue en effet un défi tant pour les scientifiques que pour les décideurs. Tout d’abord, les agents agresseurs (qu’ils soient physiques, chimiques ou biologiques) auxquels chaque individu est soumis sont multiples et interviennent selon différentes voies (alimentaire, respiratoire, cutanée), les circonstances et durées d’exposition (en milieu naturel, domestique, professionnel…) étant souvent difficiles à quantifier. Les nombreux facteurs de confusion rendent ainsi difficile l’identification de l’origine d’un effet sanitaire. Ensuite, et sauf situation accidentelle, les contaminations sont aujourd’hui le plus souvent de faible niveau, à la limite des effets observables. Enfin, les conséquences de ces expositions n’apparaissent généralement qu’à long terme. Pour toutes ces raisons, le rôle respectif des différents facteurs de risque* en jeu et l’effet sur la santé et l’espérance de vie de l’accumulation lente et progressive des expositions sont difficiles à établir, alors même que les populations exposées sont souvent très vastes. Les décideurs sont donc amenés à prendre des mesures dans des situations souvent caractérisées par de fortes incertitudes scientifiques, où les sources de risques peuvent représenter d’importants enjeux économiques et soulever des questions d’acceptabilité sociale dépassant le cadre strict des impacts sanitaires.

Malgré les efforts déployés ces dernières années pour développer l’expertise scientifique et des procédures d’évaluation des risques indépendantes, la crédibilité de l’action publique et des informations mises à disposition sont mises en question5, preuve d’un décalage persistant entre risque perçu et risque objectif et d’une demande accrue d’information et de participation des acteurs à l’ensemble du processus d’analyse et de maîtrise des risques.

Trois catégories de risques justifient des réponses différentes selon leur degré de gravité et de réversibilité et le niveau d’incertitude scientifique dont ils font l’objet :

  • le risque identifié dont la preuve est établie de manière suffisamment convaincante : sa gestion relève de la prévention ;
  • le risque controversé pour lequel le développement du débat scientifique n’a pas débouché sur un consensus mais dont la gestion relève du principe de précaution et appelle des mesures provisoires adaptées à la gravité et à l’irréversibilité des événements redoutés ;
  • le risque émergent pour lequel le débat scientifique en est à ses prémices et pour lequel la gravité et l’irréversibilité des impacts demeurent largement inconnues : sa gestion relève aussi du principe de précaution mais nécessiterait des mesures transitoires moins lourdes et donnant la place prioritaire à l’amélioration des connaissances.

Des risques relevant de ces trois niveaux de connaissance seront successivement présentés dans ce chapitre, mais cette présentation ne constitue en aucune manière un ordre d’importance des risques ou de priorité des questions exposées.



1 – OCDE, 2001. « Santé humaine et environnement » in Perspectives de l’environnement de l’OCDE. Paris, OCDE. pp. 277-283.

2 – Pertes exprimées en années de vie corrigées de l’incapacité ou DALY (Disability-Adjusted Life Years), indicateur qui combine le nombre d’années de vie perdues du fait d’un décès prématuré et le nombre d’années de vie où les individus ont été privés d’une vie normale selon un système de pondération tenant compte de la sévérité des troubles subis.

3 – Voir Baromètre de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) 2004 « la perception des situations à risques par les Français ».

4 – Gilles Pison, 2005. « France 2004 : l’espérance de vie franchit le seuil de 80 ans », Population & sociétés, n° 410, mars 2005, 4 p. Selon l’Institut national d’études démographiques (Ined), cette progression de l’espérance de vie est due au recul de la mortalité des adultes et des personnes âgées grâce à une meilleure prise en charge, notamment, des maladies cardio-vasculaires et des cancers.

5 – Source : Baromètre IRSN 2004.

 

« L’environnement en France » © Ifen - Edition 2006. Chapitre "Environnement et santé" - Coordination : Afsset et Ifen. Rédaction Afsset avec la contribution de l’Ademe, de l’Ineris, du CSTB/OQAI, de l’InVS et de l’Afsset.