Perception du risque et participation du public

De la perception à l’acceptabilité des risques : quelle place pour la participation du public ?

L’évolution des réflexions comme des pratiques, en faveur d’une meilleure prise en compte des perceptions et des attentes du public et d’une participation accrue des citoyens au processus de gouvernance des risques est un domaine extrêmement vaste, qui ne peut être couvert en quelques lignes. Néanmoins ce processus est largement engagé et nous n’en livrons ici que quelques repères ou illustrations.

Contrairement à une idée couramment répandue, et selon les sondages réalisés par l’IRSN en 2002 et en 2004, la confiance des citoyens vis-à-vis des milieux scientifique et de l’expertise ne semble pas devoir être remise en cause. Cependant, une meilleure prise en compte des demandes de la société par les scientifiques s’exprime. Pour tenter d’éclairer les ressorts et les issues possibles de cette plus grande exigence de démocratie technique et scientifique, Michel Callon propose une grille d’interprétation selon trois modèles :

  1. Le modèle de l’instruction publique : c’est celui évoqué précédemment, opposant une forme objective, scientifique et quantifiée du risque à une vision irrationnelle et subjective du public qui peut être comblée par des actions de formation et d’information (d’où sa qualification d’instruction publique). On peut considérer que ce modèle fait de moins en moins référence.
  2. Le modèle du débat public : dans ce modèle, les profanes sont invités à donner leur point de vue et à communiquer leurs expériences qui seront mobilisées par les scientifiques pour enrichir le savoir universel dont ils restent les dépositaires. Il s’agit d’une extension et d’une déformation du premier modèle, car la démarcation entre scientifiques et profanes demeure.
  3. Le modèle de la co-production des savoirs tend à surmonter les limites évoquées précédemment en associant activement les non-spécialistes à l’élaboration des connaissances les concernant.

Chacun de ces modèles propose une forme originale de démocratie technique qui combine de manière spécifique à la fois la nature des connaissances élaborées, leurs complémentarités, les modalités de coopération entre spécialistes et profanes ainsi que les conditions d’efficacité et de légitimité des décisions qui sont prises. La notion de gouvernance inclusive du risque et les retours d’expérience qui fondent les recommandations émanant du réseau Trustnet (voir dernier encadré) pourraient s’inscrire dans les deux modèles proposés par Callon.

Adopté en 2003, le cadre de référence en gestion des risques pour la santé dans le réseau québecois de la santé publique constitue une illustration qui mérite une attention particulière, à deux égards. (voir schémas).

D’une part, on constate en effet que l’évaluation des perceptions du risque est désormais une figure imposée de l’évaluation des risques : « il s’agit ici de documenter les perceptions, les préoccupations et les valeurs pouvant avoir un impact sur la gestion du risque, véhiculées tant par le public, les parties intéressées et touchées que par les experts chargés de la gestion du risque. Elle concerne également l’évaluation de l’in- fluence que pourraient avoir ces éléments sur la gestion du risque ».

Etapes de l’évaluation des risques

Source : Cadre de référence en gestion des risques pour la santé
dans le réseau Québecois de la santé publique. 2003

 

D’autre part, l’approche de la gestion des risques est caractérisée par un lien et des échanges continus entre les experts, les décideurs et les groupes sociaux. Elle favorise et témoigne ainsi de la prise en compte en continu des préoccupations et des perceptions sociales des populations concernées.

 Processus de gestion des risques

Source : Cadre de référence en gestion des risques pour la santé
dans le réseau Québecois de la santé publique. 2003

 

REPÈRE :
Pour une gouvernance du risque inclusive

TRUSTNET est un groupe de réflexion pluraliste européen qui traite des modes de gouvernance du risque et de ses évolutions. Etabli en 1997 et financé par la Commission européenne, ce groupe fonctionne par le biais d’un réseau européen d’environ 150 décideurs, experts et représentants des parties prenantes, impliqués dans des activités ayant un impact sur la santé et l’environnement. Les éléments qui suivent sont tirés du rapport Trustnet 2 : Towards inclusive risk governance. 2004.

11 conditions qui engendrent ambiguïtés et méfiance
  • Axer le dialogue sur le risque alors que le problème est dans la justification de l’activité.
  • Réduire la complexité à des dimensions précadrées marginalisant les inquiétudes sociétales.
  • Imposer une décision locale au nom d’un intérêt global primordial.
  • Laisser des non-experts croire que la sécurité est l’absence de risque.
  • Présenter le processus de décision comme « scientifique ».
  • Accentuer la distinction entre évaluation scientifique du risque et gestion politique du risque.
  • Proposer recherche et expertise scientifique supplémentaires alors que l’enjeu est de décider maintenant dans un contexte de grandes incertitudes.
  • Introduire de nouveaux experts alors que le besoin est d’impliquer les parties prenantes et d’amener les décideurs à répondre devant eux de façon plus poussée.
  • Prendre des décisions irréversibles avant que la société ne soit prête à franchir ce pas.
  • Remettre la décision entre les « mains sûres » d’entités indépendantes.
  • Impliquer les parties prenantes sans expliciter la portée et les limites de leurs attributions sur les décisions finales.
7 attributs nécessaires à une gouvernance du risque inclusive
  • Un renforcement du pouvoir donné aux individus et aux groupes de parties prenantes.
  • Une atmosphère de respect mutuel et de confiance induisant la collaboration.
  • Des parties prenantes capables d’accéder, d’examiner et de questionner toutes les données scientifiques pertinentes.
  • Des décisions et des stratégies praticables, souples et révisables avec le temps.
  • Un processus de prise de décision ouvert et transparent, reconnu comme légitime et loyal par les parties prenantes.
  • Un retour, automatiquement donné aux parties prenantes impliquées, sur les décisions prises et à des moments-clés du processus de prise de décision.
  • Une culture partagée de gouvernance du risque parmi les acteurs impliqués.

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© Afsset, juillet 2006, rédacteur : Benoit Vergriette. Remerciements pour relecture à : P Hubert (Ineris), R Demillac (ENSP). Photo : Gettyimages.

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